over bouclé

Publié le par moimeume

Full chamba comme on dit ici. Du  lundi à 7h00 jusqu'au vendredi à 10h00,  je cumule tout de même 43 heures de cours. Vive les 35 heures qu’elle disait la Ségolène !
Il faut savoir que le métier de prof n’est pas particulièrement valorisé ici au Pérou. Ça n’est que l’année dernière que l’ex-président Alejandro Toledo a décidé de multiplier par 2 le salaire des enseignants, j’entends par là ceux qui ont un diplôme d’État. Un prof gagne environ 1100 soles (275 euros) ce qui est bien mais pas top. je ne parle pas des profs dans le privé qui sont des bourreaux ou burros(ânes en espagnol) de travail.
Dès mon arrivée à Trujillo, j’ai vite compris qu’il fallait frapper à toutes les portes pour obtenir du boulot :
       - des portes, il y en a beaucoup si on compte les 4 universités (dont 3 privées), les académies de langues, les centres de langues, les collèges, les Instituts pré universitaires, les ONG et finalement l’Alliance Franҫaise.
       - Derrière ces portes on retrouve presque toujours les mêmes personnes. C'est-à-dire que les enseignants cumulent des heures dans différentes institutions pour pouvoir faire gonfler le porte-monnaie à la fin du mois.
 
J’avoue avoir trouvé très facilement du boulot comme prof… d’anglais. Oui, ça m’a fait rire aussi mais finalement je ne m’en suis pas si mal sorti. Pour la petite anecdote, on m’a même proposé d’enseigner la langue de Shakespeare et de Beckham à l’Université Nationale, à des étudiants de 4° et 5° année. D’abord surpris, j’ai bien précisé que ma langue maternelle n’était pas l’anglais, et qu’à part un voyage scolaire d’une semaine à Bath il y a 12 ans et 9 mois en Finlande, je n’avais guère de connaissance dans l’enseignement de cette langue. Réponse de mon chef : « mais enfin, tu es BLANC, tu dois donc être parfaitement bilingue ! » S’ils savaient…C’est d’autant plus choquant que je devais remplacer une enseignante Anglaise de couleur.
On retrouve à travers cette anecdote ce sentiment de trop grand respect et même d’infériorité par rapport à l’homme blanc, au gringo (les Péruviens appellent tous les hommes blancs ainsi, sans différencier l’Européen du Nord Américain qui est le vrai gringo) . Par exemple, je n’ai jamais eu besoin de présenter mon CV ou mes diplômes. On m’a tout de suite fait confiance parce que je suis blanc de peau.
 
Pour en revenir à la condition des profs ici au Pérou, il faut bien reconnaître que la formation est assez pitoyable. C’en est même choquant parfois. Des absences répétées aux cours qui ne durent qu’une heure au lieu des trois prévues, de l’absence de formation continue aux méthodologies totalement obsolètes, le professeur péruvien est souvent résigné face aux conditions de travail difficiles et oublie de plus en plus ses responsabilités face à ses élèves.
Depuis, j’enseigne principalement le français dans plusieurs institutions et mon portefeuille ne se remplit pas autant que mon sentiment de frustration quant au gâchis décidé et voulu de la part des différents gouvernements qui ne se décident toujours pas à faire de l’Éducation une priorité nationale.

Publié dans société péruvienne

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ElNino 22/04/2007 23:13

Eh bien je vois qu'on constate la même chose. Tu le verras dans la première partie de mon récit sur Huaraz : les Péruviens se sentent inférieurs, et on leur a enfoncé ça dans le crâne pendant des siècles !
Remarque, à Lima, il y en a qui se croient supérieurs ... Bande de sales profs va !