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Je regarde un peu la presse internationale aujourd'hui. c'est vrai que ce qui a fait les gros titre jeudi dernier n'est plus qu'un vague souvenir pour nos amis occidentaux. Ce témoignage de l'écrivain Péruvien Alonso Cueto vous aidera à comprendre le sentiment d'impuissance que l'homme ressent face à la colère de la nature.  

PÉROU •  Dans l'œil du séisme
L'écrivain péruvien Alonso Cueto était à Lima mercredi soir au moment du tremblement de terre qui a provoqué la mort d'environ 500 personnes et laissé sans abri des dizaines de milliers de ses concitoyens. Il raconte.
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Cette journée s'est ouverte sur une agréable surprise pour les habitants de Lima, nous qui vivons un hiver parmi les plus rudes depuis bien longtemps. Le ciel était clair, comme venu par erreur d'une autre saison, et cela ne tarda pas à conduire sur la jetée de nombreux promeneurs et coureurs. Vers midi surgit une surprise plus grande encore, avec l'apparition d'un soleil d'été qui resta haut une bonne partie de l'après-midi.

A 18 h 40, j'étais assis devant mon ordinateur, entendant sans l'écouter mon fils qui parlait au téléphone. Et, subitement, l'écran s'est mis à se balancer d'un côté et de l'autre, tout comme les photos accrochées au mur – alors que j'écris ces lignes, je me rends compte qu'elles sont toujours de travers, comme figées dans leur balancement. Quand j'ai entendu mon fils dire : "Je raccroche, il y a un tremblement de terre", je me suis dis qu'il exagérait. Vivre à Lima nous a habitués aux séismes et, le plus souvent, ceux-ci ne durent que quelques secondes.

Je suis resté devant l'ordinateur jusqu'à ce que je vois les plantes et les rideaux remuer. Tout d'un coup, le sol a semblé doté d'une force monstrueuse. Nous étions juste au-dessus d'un grand mouvement d'ondulation, comme un bateau dans la tempête. Par la fenêtre retentissait un vacarme semblable à celui d'un train. Je me suis alors mis sous l'encadrement de la porte avec un de mes fils, tout en échangeant avec l'autre (par des cris que je voulais aussi calmes que possible) qui se trouvait à l'étage. Lorsque le mouvement m'a semblé faiblir, j'ai tenté de les rassurer. Mais la réalité n'était visiblement pas de mon côté car l'ondulation a cédé brusquement la place à une série de violentes secousses. "On sort dans la rue", a ordonné mon aîné.

Jamais je n'ai mis aussi longtemps à descendre les escaliers de chez moi, m'agrippant aux rampes, cherchant péniblement chaque marche, les yeux fixés sur la sortie. Sur le trottoir, nous avons retrouvé nos voisins. Tous parlaient en même temps : rien ne rassemble plus qu'une catastrophe vécue ensemble. Ma femme est arrivée. Le tremblement de terre l'avait surprise entre un pont et des immeubles chancelants. Nous nous sommes jetés dans les bras l'un de l'autre.

Pendant les heures qui ont suivi, les images se sont succédé. Le message du président Alan García, les terribles nouvelles d'Ica, les reproches aux télécoms pour la rupture des communications, les analyses d'experts, les modalités du deuil national. La vie continue, mais pas pour tout le monde.

Pendant que j'écrivais ces lignes, il y a eu plusieurs secousses. Encore une autre, juste à l'instant. Mais rien de grave. Et j'espère qu'il en sera ainsi pendant de longues années encore. Jamais nous n'oublierons le soleil qui a brillé très tôt, ce jour d'août.
Alonso Cueto

Ça me rappelle quelque chose. Qué miedo !!!

Aux dernières nouvelles, on ressent de nouvelles secousses à Lima. Dire que je dois y aller lundi!!! Qué miedo!!!

Publié dans société péruvienne

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